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ont reconnu l’urgence climatique.

PressMob - Édition écrite

« Maman, pourquoi le soleil est malade? »

Publication reprise de Facebook "Ça Fait Réfléchir", du 30 juin 2026
Publié le 2 juillet 2026

Je m’appelle Réjean, j’ai 57 ans, pis je tiens un petit motel à Matagami.

Pas un motel touristique avec spa, déjeuner continental pis photos parfaites sur Internet.

Un vrai motel du Nord.

Celui où les travailleurs arrivent couverts de poussière, où les bottes restent sur le tapis d’entrée, où le café est toujours trop fort pis où les chambres sentent un peu le bois humide.

Lundi matin, le 29 juin, je suis sorti mettre des serviettes propres dans le chariot.

Le ciel était orange.

Pas un beau orange de coucher de soleil.

Un orange sale.

Comme si quelqu’un avait frotté de la rouille sur le matin.

Ça sentait la fumée.

Pas juste un feu de camp.

La fumée des grands feux.

Celle qui entre dans ta gorge avant même que tu comprennes d’où elle vient.

À la radio, ils parlaient de plus de soixante feux au Québec.

Près de 60 000 hectares déjà brûlés.

Baie-James en danger extrême.

Qualité de l’air mauvaise.

Moi, j’ai regardé mon stationnement.

Trois pickups.

Deux camions de chantier.

Un véhicule de la SOPFEU.

Des gars assis sur le bord de leur tailgate, silencieux, avec des yeux rouges.

D’habitude, le matin ici, ça jase fort.

Ça parle de route.

De météo.

De mouches noires.

De job.

De hockey même en juin.

Mais là, personne ne disait grand-chose.

Parce qu’un feu de forêt, ça impose le silence.

Ça te rappelle vite que le Nord, ce n’est pas un décor.

C’est vivant.

Pis quand ça brûle, ça brûle pour vrai.

Vers 7 h, une jeune femme est entrée au motel.

Elle devait avoir 28 ans.

Cheveux attachés n’importe comment.

Masque dans la main.

Un petit garçon accroché à son chandail.

Elle m’a demandé :

« Est-ce que vous auriez une chambre pour quelques heures? Mon père tousse trop. On vient de plus loin, pis on ne sait pas trop où aller. »

Son garçon regardait par la fenêtre.

Il a dit :

« Maman, pourquoi le soleil est malade? »

Personne n’a ri.

Je leur ai donné une chambre.

Pas la plus belle.

Mais la plus loin de la route, celle où l’air clim marche encore bien pis où la fenêtre ferme comme il faut.

Elle a sorti sa carte.

Je lui ai dit :

« On réglera ça tantôt. Allez respirer un peu. »

Elle m’a regardé comme si je venais de lui enlever un sac de ciment des épaules.

Un peu plus tard, deux pompiers forestiers sont arrivés prendre du café.

Pas le temps de manger.

Juste du café noir dans des verres en carton.

Le plus vieux avait les mains noircies, la voix basse, pis l’air d’un homme qui avait vu le feu de trop près.

Je lui ai demandé :

« Ça regarde comment? »

Il a juste dit :

« Sec. Trop sec. »

Deux mots.

Mais dans sa bouche, ça pesait lourd.

À midi, la fumée était plus épaisse.

Les autos roulaient avec les lumières allumées.

Des clients appelaient pour annuler.

D’autres appelaient pour demander s’il restait une chambre.

Le Nord était rendu pris entre partir, rester, attendre, espérer.

Dans l’après-midi, le petit garçon est revenu au comptoir.

Il tenait un dessin.

Des arbres.

Du feu.

Un camion rouge.

Un gros nuage gris.

Pis une petite maison avec un cœur dessus.

Il m’a dit :

« C’est pour les monsieurs qui arrêtent le feu. »

Je l’ai accroché près de la cafetière.

Quand les pompiers sont repassés, ils l’ont vu.

Un des gars a souri.

Pas longtemps.

Mais assez pour que je comprenne que même les personnes fortes ont besoin qu’on leur rappelle pourquoi elles tiennent debout.

Le soir, j’ai fermé les rideaux du lobby.

Le ciel était encore bizarre.

Le soleil avait disparu derrière la fumée, mais la chaleur restait collée sur la peau.

J’ai pensé à tous ces hectares brûlés.

À tous ces arbres.

À tous ces animaux.

À tous ces travailleurs qui foncent vers ce que nous autres on essaie d’éviter.

À toutes les familles qui regardent le ciel en se demandant si demain sera pire.

On parle souvent du Nord comme si c’était loin.

Mais quand la fumée descend jusque dans nos poumons, on comprend que rien n’est vraiment loin.

Pas les forêts.

Pas les feux.

Pas le climat.

Pas les gens qui vivent là.

Parce qu’en juin 2026, au Québec, la grosse nouvelle, ce n’était pas juste des chiffres d’hectares brûlés.

C’était un ciel orange.

Un enfant qui pense que le soleil est malade.

Des pompiers qui boivent leur café debout.

Pis tout un territoire qui retient son souffle en attendant la pluie.

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