Aéroport de Saint-Hubert-Longueuil: « Nous sommes arrivés à ce qui commence… » (G. Miron)

Le Courrier du Sud du 26 juin rapporte que le Conseil d’agglomération de Longueuil du 18 juin a vu le dépôt par la Coalition Halte-Air Saint-Hubert d’une pétition de 6210 noms contre le développement actuel de l’aéroport de Saint-Hubert-Longueuil. On y apprend que 1526 des signataires habitent Longueuil (dont 267 s’identifiant de Saint-Hubert) et 671 vivent à Saint-Bruno-de-Montarville.
Dans les commentaires qui suivent l’article, des gens appuient cette action, mais aussi d’autres sont contre et la critiquent.
Comme je suis celui qui a déposé cette pétition au nom de la Coalition, je vais me permettre de répondre globalement à celles et ceux qui désapprouvent notre action.
Les questions soulevées pour un développement ou non de l’aéroport Saint-Hubert-Longueuil ne relèvent pas de citoyen.ne.s content.e.s ou méconten.e.s ni d’un droit supposément acquis de l’aéroport parce qu’il était là depuis plus longtemps que les développements résidentiels qui ont suivi. Les questions soulevées concernent tous les aéroports enclavés ou non dans le monde : la pollution atmosphérique et le réchauffement climatique, qui n’ont pas de frontières. Ces deux questions, auxquelles on n’a pas accordé toute l’importance qu’on aurait dû par le passé, nous rattrapent maintenant.
Si la pollution peut parfois s’estomper à mesure qu’on s’éloigne de son point d’émission, ce qui ne la rend pas inoffensive pour autant, le réchauffement planétaire, lui, se cumule, et l’augmentation de la température planétaire cause les extrêmes météos qu’on voit sévir un peu partout dans le monde : par exemple, le dôme de chaleur en Europe avec ses longues canicules (12 jours consécutifs, atteignant 44 °C, parfois plus), augmentant le nombre de décès dus à la chaleur intense, surtout chez les personnes âgées et plus démunies ; un premier dénombrement parle de 1000 décès en trois jours, mais le décompte final risque fort de se situer entre 5 000 et 10 000 morts !
Il en va de même pour les rivières atmosphériques qui provoquent des pluies diluviennes et des inondations, comme en Colombie-Britannique en 2021, causant des dommages sans précédent aux biens personnels et à des infrastructures essentielles. Ce fut la pire inondation de l’histoire de la province causant des dommages assurés de 696 M$.
Et que dire des sécheresses à répétition, des tornades, des tempêtes de vent et de grêle qui dévastent tout sur leur passage, et causent d’importantes pertes de récoltes, entre autres aux producteurs maraîchers de la Montérégie…
Rappelons aussi :
- 2023, les feux de forêt lointains dont la fumée est pourtant venue jusqu’ici pendant plusieurs jours, rendant toute activité extérieure difficile, voire dangereuse ; et cette année, ces feux ont recommencé à colorier le ciel, au point où un enfant a demandé « Maman, pourquoi le soleil est malade ? » ;
- 2024, au Québec, où la seule queue de l’ouragan Debby qui nous a frappés, fut suffisante pour causer 2,7 G$ de dommages « assurés » (ce qui ne compte pas les dommages non-assurés)…
L’aviation, en croissance mondiale, fait partie des émetteurs importants de gaz à effet de serre (GES) qui causent tous ces extrêmes. La combustion d’une tonne de kérosène en altitude est de 2 à 3 fois plus dommageable pour le climat par rapport à une tonne brûlée au sol, multipliant ainsi par 2 ou 3 les émissions “standards” d’un voyage en avion, et rendant d’autant plus essentielle la réduction des émissions de l’aviation. Éviter de prendre l’avion arrive au sommet du palmarès des actions individuelles pour réduire efficacement les émissions de GES.
C’est à cela qu’il faut penser avant tout nouveau développement de l’aviation partout dans le monde, et ici aussi, parce que ce qui se passe ici a des impacts ailleurs, et inversement.
Nous devons cesser d’ignorer les conséquences de ce que nous faisons. Si nous avons vécu mieux que nos grands-parents et nos parents, soyons conscients qu’il n’en sera pas de même pour nos enfants, et pire encore pour nos petits-enfants.
Il y a URGENCE d’agir dès maintenant et de réduire notre (sur)consommation en général, et d’énergie en particulier, si nous ne voulons pas leur léguer un monde de plus en plus invivable.
Lisez ce mémoire déposé en commission parlementaire l’automne dernier : https://www.groupmobilisation.com/reduire-pour-changer-changer-pour-reduire-pour-survivre/
Comme le dit son titre : nous devons réduire pour changer, et nous devons changer pour réduire… pour survivre.
Parce que nous sommes arrivés à ce qui commence !
Publié dans le Courrier du Sud, 3 juillet 2026.